bandeau Festival des Canotiers 2017

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Edito

Pour sa Xe édition et après avoir égrainé au fil des années des thèmes croisés chers à l’histoire du quartier de Ménilmontant, de ses habitants, de ses acteurs sociaux et culturels ainsi que de ses artistes d’horizons variés, le Festival des Canotiers célèbre cette année l’arrivée des beaux jours par une thématique cinématographique et artistique recentrée sur ces couleurs qu’il a fièrement représentées une décennie durant.

Car l’histoire de cet Est parisien est peu banale.

De ses poètes de l’argot debout sur les tables du Théâtre des Amandiers et se déclarant fièrement ennemis de la féodalité du capitalisme, aux chansonniers réalistes illustrant le quotidien sans issue et souvent noir d’une classe populaire, à l’arrivée en terre d’exil haussmannienne, ouvrière et artisanale, de familles du Maghreb déracinées par l’horreur d’une guerre sale, un tissage humain et culturel y est né avec le temps. Bien souvent refuge d’étudiants désargentés, de peintres de rues ou d’ateliers-frigo, de musiciens méconnus, de squats rassembleurs menant bataille pour conserver l’authenticité d’expressions loin d’une chirurgie négociatrice d’un Paris qui "s’esthétise".

Ce sont les commerçants et cafetiers à l’ancienne qui maintiennent un équilibre en ces lieux.

Et contre toute attente, au tournant du siècle, une association à but culturel voit le jour sous leurs signatures. En 2007, un premier festival tient les promesses fragiles d’une volonté à affirmer cette multiculturalité à travers un cinéma d’une époque d’antan où chacun peut y reconnaitre les étapes d’une vie : un accent, un amour qui nait et se fane, des rires d’enfants glissant sur les pavés dans des caisses à savon, des commères chuchotant sur un pas-de-porte, des drames bourgeois à l’abri des regards, l’évolution des robes tout autant que des mœurs, un réfrigérateur remplaçant les lourds pains de glaces hissés au haut des rues... une société racine de la notre, que nous croyons noire et blanche quand la notre est couleur. Cette malle que l’on ouvre pour en admirer les trésors se voit bientôt accompagnée par les musiciens avoisinant venus bien naturellement en faire raisonner les arceaux de bois et le cuir clouté des jointures.
Et peintres et sculpteurs, et grapheurs de pensées, poètes et coloristes masquant le nouveau béton, célébrités attirées par tant de vérités simples, tout un monde tendu vers le même intérêt : garder la mémoire d’un des derniers bastions où il fait bon respirer.

D.L.


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